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Le blog de Saa

Samedi 31 Octobre, Le Voyage d'une Vie, épisode 4

Pourtant Édouard n’a pas abandonné ses expéditions. Chaque jour il allait un peu plus loin, un peu plus haut. Parfois, il partait en emportant de quoi boire et manger afin de n’avoir pas à revenir le soir même.
Et c’est ainsi qu’il découvrit les fruits. Des manguiers poussaient presque tout en haut de la montagne. Il en rapporta plein le grand filet qu’il avait emporté avec lui. Il trouva aussi des avocats.
D’ailleurs, regardez, juste là, derrière le campement. Ces arbres ont commencé à pousser cette année-là, parce que nous avons juste jeté les noyaux des fruits dont nous nous sommes gavés alors ! Il y a des années maintenant que je ne grimpe plus en forêt pour m’en régaler !

Voila comment, semaines après semaines, nous avons amélioré notre quotidien. Nous avons toujours refusé de nous éloigner de la plage, certains qu’un jour, un bateau passerait et qu’on viendrait nous sauver.

Mais les semaines sont devenues des mois et les mois se sont transformés en années… Et jamais, jamais un bateau n’est venu. À croire que personne ne s’est inquiété de nous…

C’est au cours de la deuxième année que j’ai attendu mon premier enfant, Georges, qui a 18 ans maintenant. Fort comme son père ! Puis Joséphine est arrivée deux ans plus tard. Regardez comme elle est jolie ma petite princesse sauvage !

Édouard a agrandi le campement. Il a installé un séchoir afin de préserver nos réserves de poissons et de viande de tortue à la saison des pluies.
Nous sommes devenus plus forts, plus résistants. Plus rien ne nous dégouttait, plus rien ne nous arrêtait. Il fallait survivre et que nos enfants grandissent le mieux possible. Je leur ai appris à lire en écrivant d’abord sur le sable mouillé puis sur des écorces séchées en utilisant la sève de certains arbres.

Mais venez, installez-vous, nous allons partager un dernier repas avant de rejoindre cette civilisation qui nous a oubliés pendant si longtemps…

Bien sûr qu’il est arrivé que nous nous disputions Édouard et moi. Ce n’est pas facile d’élever des enfants vous savez, même ici ! Mais nous sommes restés très soudés, malgré les épreuves ! Et aujourd’hui encore, malgré sa mort, nous tenons encore grâce à lui.

Allez-y ! Servez-vous ! Nos réserves ne sont plus utiles à présent puisque vous allez nous ramener dans un vrai pays… Profitez-en ! Viande séchée, aujourd’hui, comme si on était dimanche !
Ah ! Il les aimait ses gosses mon Édouard ! Et eux ils l’aimaient aussi !
Eux ils l’aiment encore, croyez-moi ! Tendre et bon avec ça !

Huit mois qu’il est mort d’une mauvaise chute.
Il n’avait plus 30 ans ! Vingt ans ont passé et il savait que ce n’était pas très prudent de grimper dans les arbres pour récupérer les plus beaux fruits. Georges aurait pu le faire sans problème ! Mais Édouard était trop fier pour demander de l’aide.
Et cette fois-là, une branche a cédé sous son poids. Édouard a chuté et sa tête a heurté d’abord une grosse branche puis une pierre qui était juste au pied du manguier. Il est mort sur le coup le pauvre amour…
Vingt ans qu’on vivait grâce à lui… Sa mort ne pouvait pas faire changer tout ça !
Où nous l’avons enterré ?
Posté par Mimijo le 30 octobre 2020 à 19 heures 04

Pauvre Edouard. La vie est cruelle et pourtant en lisant ton récit on comprend qu'il avait pris plaisir à s'occuper de sa famille. Des enfants vivant hors du monde et si près du monde et de la nature en même temps. Quel choc sera le retour à la civilisation!
Bises

Réponse postée par Saa le 30 octobre 2020 à 19 heures 52

Qui aura un choc... Vus le saurez en lisant le prochain, et dernier épisode! Bises!

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