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Je-tu-île-confinée


Le blog de Saa

Mardi 12 Mai, Jour 52, Les Mots pour le dire...

Source image page d'accueil: Science et Avenir

Il y a quelques jours j'évoquais ce qui me semble être un abus de langage avec l'expression "distanciation sociale" à laquelle je préférais, pour une question sémantique, celle de "distanciation physique".

En me penchant sur un bon nombre d'articles et de billets, j'ai fait un petit relevé, non exhaustif, des mots souvent employés pendant cette période malsaine. Parfois c'est le sens un peu - beaucoup - transformé qui m'a interpellée et/ou amusée. D'autres fois c'est l'usage d'un anglicisme qui me semble peu évocateur que je relève.

Soyons clairs, soyons justes: loin de moi l'idée de dire que les anglicismes sont le diable incarné! Une langue vivante s'enrichit toujours - ce qui fait d'elle une langue vivante - et si la langue de Shakespeare envahit celle de Molière, c'est peut-être un - juste? -retour de manivelle.
J'en veux pour exemple - ce sera le seul pour ne pas allonger à l'infini ce billet - le "flirt" anglais dont on a trop souvent oublié l'origine française "fleureter" qu'on retrouve dans l'expression "conter fleurette".
Si notre belle langue est tellement riche c'est aussi grâce à l'apport de nombreuses autres: l'italien, l'arabe, l'allemand et j'en oublie - volontairement ou pas et toujours dans le but de ne pas m'étendre trop -

Pour autant, est-il nécessaire d'utiliser des mots qui ont un parfait équivalent en français?
Naguère nous parlions de "foyers de grippe" ou de "foyers infectieux".
Aujourd'hui c'est le "cluster" de Mulhouse ou celui, plus récent, de Dordogne, qui prévaut!

Faut-il qu'ils se terminent en -ing pour avoir plus de sens? À moins que cette terminaison fasse plus "sérieux"? Plus scientifique?
Le terme "applaudissement" n'a besoin ni de la caution scientifique, ni de la marque du sérieux... Il semble pourtant que "clapping" veuille l'évincer!
Quant au "tracking" ou son petit frère le "back tracking", je le trouve bien plus angoissant que celui de "géolocalisation"...
Mais c'est très subjectif!

Je continue mon petit tour d'horizon lexicale avec le nom même de cette maladie: Covid19. En dehors de quelques complotistes, tout le monde a bien compris que c'est une contraction angliciste de COrona Virus Disease (20)19, soit maladie dû à un coronavirus qui commence en 2019.
Déjà tu notes mes précautions de langage: "dû à un..." et pas "dû au coronavirus". Je sais que tu sais qu'il n'y a pas un seul de ces virus en forme de couronne, mais un bon paquet!

Mais peut-être as-tu lu dans un article "LE Covid-19" et dans un autre "LA Covid-19".
Si on n'est pas d'accord sur le genre pour nommer une maladie, on comprend que le sexe des anges soit encore d'actualité!
L'explication tient à l'origine de l'article. Aux USA ou au Canada, ce sera le féminin, car "disease", ai-je besoin de l'écrire, signifie "maladie", mot féminin en français.
En langue française en revanche, nous avons d'abord procédé par "assimilation": LE virus, a donné le genre masculin à la maladie qu'il engendre.
Début Mai, il y peu donc, l'Académie Française a tranché: Covid-19 est un mot féminin...
Tu liras et écouteras attentivement tous ceux qui utilisent ce terme et tu constateras, comme moi, que bien peu détiennent cette information, ou s'y conforment.


Autre terme dont je finis par m'amuser: LES SOIGNANTS.
Il y a peu, nous faisions la différence, même dans une conversation anodine, entre les infirmières, les aides-soignantes - je mets volontairement au féminin - les médecins.
La langue nous permettant de hiérarchiser les fonctions.
Tu disais "J'ai une copine infirmière qui est mariée à un médecin".
La pandémie nous a mis sous le nez le rôle essentiel tenu par ces professionnels. On ne voudrait froisser personne; on ne voudrait pas être accusé de mépris... Alors on a tout mis dans le même panier sous le terme générique de "soignant".
Si je reprends mon exemple, ça donnerait, à l'extrême : "J'ai une copine soignante qui est mariée à un soignant."
Le terme générique me convient très bien, même si je pense que d'ici quelques mois à peine, nous reviendrons à la classification habituelle...

Ces soignants, auxquels nous avons ajouté les éboueurs, les agents d'entretien, voire les pompiers, ont été appelés "premiers de cordée" dans une métaphore un peu usée...
D'aucuns ont détourné l'expression pour qu'elle devienne "premier de corvée" ce qui, me semble-t-il, correspond beaucoup mieux à ce qu'on leur demande: les corvées, le sale boulot, ce que personne n'a envie de faire!
La corvée c'est aussi, souvent, un "sale boulot" mal payé...
Je te laisse juge!

Je termine avec la métaphore océanique de "la vague"...
Cette fois c'est en Polynésie que je me pose pour rire!

À ce jour, et depuis le 1er Mars, nous enregistrons: 2965 personnes testées; 60 cas confirmés; 1 seul cas encore hospitalisé - au total nous en avons eu 6 ou 7 - et aucun décès.
One ne peut donc pas parler sérieusement de "1ère vague".
À peine avons-nous eu un un petit friselis, une vaguelette... Et je ne m'en plains pas!
Aussi quand j'entends parler de risque d'une 2ème vague, ça me fait beaucoup rire! Encore eût-il fallu qu'il y eût eu une 1ère vague!!
Cette exagération montre aussi à quel point, ici, la peur est grande!
Elle montre aussi que tout est repris tel quel, sans modération, sans analyse, sans réflexion.
Les journalistes locaux employant le vocabulaire de la métropole et le Haut-Commissaire faisant lui-même usage des éléments de langage envoyés par la métropole, ce sont les mêmes termes qui sont employés bien qu'ils ne s'appliquent pas du tout à la situation locale!

Je ne peux pas terminer ce billet sans rire et provoquer un peu aussi!...
Quand un fermier, un paysan dit qu'il va "soigner ses bêtes", le plus souvent il s'agit de les nourrir....
Dans cette revue des mots utilisés pendant cette crise, tu auras sans doute noté je suppose, le côté moutonnier des usagers...
Posté par Moi de Coco le 18 mai 2020 à 21 heures 34

Avec ou sans COVID, la hiérarchisation hospitalière existe toujours : "ah, salut, tu travailles où d'habitude ??... Ah, en psychiatrie ! Avec les fous, c'est ça ?... Moi, je travaille en chir !... Et moi de penser :" Ah ouais, ducon, les fous sont aussi en chir ! "🤣 🤣 🤣 Et, quand tu croises un Soignant des Urgences ou de Réa, ça, c'est le dessus du panier... On s'incline ! Ils méritent bien une majuscule à Soignant, eux ! 😠😠😠😠

Réponse postée par Saa le 18 mai 2020 à 21 heures 40

Effrayant cette hiérarchisation! Les primes ne vont rien arranger!

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