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Je-tu-île-confinée


Le blog de Saa

Dimanche 17 Mai, Jour 57, Le Jour d'Après est Désolant...

La pandémie, le confinement....
Le jour d'après....
Croyait-on vraiment que les choses, ou les gens, changeraient?

Bel espoir... Qui restera à l'état d'espoir!

L'accès au territoire polynésien a été fermé le 21 Mars.
Comme vous, nous avons été confinés.
Puis, comme le virus semble ne pas circuler sur les archipels, le confinement a été allégé puis levé en gardant quelques restrictions et les fameux gestes barrière.

Après quelques semaines de black-out total, un service de continuité territorial a été mis en place. Un avion tous les 10 jours fait l'aller-retour. Peu de passagers et beaucoup de matériel, médical essentiellement!

Les passagers sont des Tahitiens, ou des résidents, bloqués en France pour X raisons.
Pour obtenir leur rapatriement, ils doivent, parmi d'autres obligations administratives, signer un engagement à accepter et respecter une quatorzaine dans un espace dédié.
Il s'agit de 2 hôtels situés sur Tahiti, dans lesquels leur hébergement est totalement pris en charge.

Or cette semaine un couple, dont semble-t-il la femme est médecin, a engagé un avocat pour demander un "référé-liberté". Ces gens ne veulent plus être confinés à l'hôtel, ils veulent rentrer chez eux et y finir leur quatorzaine.
Le 15 Mai, la justice leur donne raison.
Le lendemain, lorsque les gendarmes viennent vérifier la présence des confinés chez eux, ils sont absents de leur domicile....

Leur demande avait déjà créé un tollé!
Comment? Des Popa'a qui ne veulent pas suivre les règles pour lesquelles ils se sont engagés?
Quoi? Des Farani qui se croient au-dessus des autres?

Popa'a - peau brûlée textuellement - Farani - Français - les deux mots sont employés le plus souvent de manière très péjorative!

Les informations concernant le couple ont circulé très vite et déclenché des réactions qui m'ont à la fois agacée, attristée, mise mal à l'aise...
Dans les messages qui fusent, sont opposés les "Polynésiens natifs" (sic) et les Popa'a -Farani - Fonctionnaires...
"Rentrez chez vous!" ou "Restez chez vous!" s'affichent sans vergogne..

Le Français est accusé de vouloir infecter la Polynésie, de n'en avoir "rien à foutre des tahitiens" (sic), de n'avoir que du mépris pour "les Polynésiens et leur culture" (sic)...

En gros le Français ne respecte rien!

Ce qui me désole c'est cette image dégradée et dégradante que ce couple donne de nous autres qui ne sommes pas des "natifs"!
Pour les tahitiens, nous sommes des nantis.
Beaucoup ne veulent pas savoir que les enseignants ou autres fonctionnaires locaux ont les mêmes saliares que nous.
Si on nous reproche le prix du voyage qui nous amène sur place, et celui du retour, ils trouvent normal que certains fonctionnaires territoriaux ont un voyage qui leur est offert tous les 3 ans. La destination importe peu, il suffit que le tarif soit équivalent à un voyage vers la France. De plus, s'il y a des enfants, le voyage peut inclure la présence d'une autre personne qui servira à s'occuper des enfants...
Je passe sur le salaire qui est indexé de la même façon qu'on soit issu de la Métropole ou "natif"... Ce qui devait "compenser" la distance et la cherté de la vie comparé à la Métropole, est acquis par ceux-là même qui sont d'ici, qui y ont leur famille, leur vie, leur maison....
Donc finalement, natifs ou pas, les fonctionnaires d'état ou territoriaux ont presque les mêmes avantages au final.

Je ne le conteste pas!
Je ne leur en veux pas.... Et de quel droit? Et leur en vouloir de quoi? C'est un droit qu'ils ont obtenu? Parfait!

Quant à nous, nous avons choisi de vivre ici.
Nos retraites ne sont pas indexées: elles sont au centime près ce qu'elles seraient en métropole!
Nous vivons très "local": nous choisissons d'acheter nos fruits, légumes et poissons sur le marché et pas au magasin pour faire vivre les petits producteurs. Ce que ne font pas forcémenbt tous les "natifs".
Notre électroménager a été acheté sur l'île, chez les commerçnats présents sur place. Nous ne les avons pas faits venir de Tahiti. Beaucoup font le choix inverse car ce serait "moins cher à Tahiti".
Nous ne partons pas en voyage, comme d'autres qui partent tous les ans vers les USA, la Nouvelle-Zélande ou le Japon. Dans le lot, il y a des Popa'a certes, mais aussi beaucoup de Tahitiens.

J'ai appris à tresser, j'ai appris à faire mes couronnes - ce que bien de Tahitiennes "natives" ne savent pas faire -
Nous entretenons et ramassons des tiare pour les festivités familiales ou nationales.

Ce couple nous porte tort à nous tous, ceux qui ont fait le choix comme nous de venir vivre ici, que ce soit pour 2 ans, 4 ans ou pour toujours.
Ils portent tort à ceux qui comme nous se sont adaptés, pliés, habitués aux coutumes locales.
Ils donnent du Popa'a une image déplorable sans penser une seconde que c'est toute notre communauté d'expat' qui prend les injures, la colère dans la tête!

Alors, le jour d'après, on en reparle?
Certains sont restés aussi puants, méprisants, imbus d'eux-mêmes qu'avant.
D'autres sont restés aussi agressifs, jaloux et revanchards qu'avant.
Quelques uns continuent à se servir du fait nucléaire pour nous vouer, nous les non-natifs, au gémonies!

On en parle des canettes de coca trouvées sur la plage où aucun touriste n'a mis les pieds depuis 2 mois?
On se fâche pour la musique mise à fond sans respect de celui qui préfère quitter la plage plutôt que subir cette horreur?

En gros, si on veut parler de respect de l'autre, vais-je leur jeter à la figure leur absence de correction et parfois même leur malhonnêteté?

Je ne peux pas car je me refuse à faire des amalgames!
Et que je connais quelques "tahitiens de souche" qui sont d'une grande gentillesse et très respectueux!

Ce qui n'est pas le cas des hurleurs du moment!

Le "jour d'après" devait voir l'émergence d'un monde meilleur, d'un Humain amélioré par la souffrance, la privation, l'éloignement....
Tu veux que je te dise? J'y croyais peu; je n'y crois plus du tout!
Et même je trouve que "le jour d'après" sent encore plus mauvais que celui d'avant.
Copyright © 2020, Patrick Hartmann
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